vendredi 1 avril 2016

1 Prologue


Tout autour de lui, c'est la ville d'Alger, grouillante, bruyante, où les klaxons jouent un air inconnu des mélomanes. Il a pivoté sur lui-même avant de s'écrouler sur l'asphalte. Dans sa chute, il aperçoit les maisons blanches, le ciel bleu, le flot de voitures, puis le bitume, et des gens qui accourent en criant : « il est mort !
- Poussez-vous, faites de la place, les secours vont arriver !, s'exclame un voix d'homme.
Sa vue se trouble, il lui semble s'enfoncer dans du coton, les sons lui parviennent de plus en plus lointains.
C'était pourtant un jour comme un autre. Il est sorti acheter son journal quotidien et traversait la rue pour s'en retourner chez lui, et le voilà à terre, du sang coule de sa tête mais il n'a pas mal. Il veut se relever, mais c'est impossible, son corps refuse. Aucuns son ne sort de sa bouche et pourtant, il parle aux gens qui l’entourent : « aidez-moi à me mettre debout ! »
Sa chemise lui colle à la peau, mais il a froid. Il était pourtant habillé de son costume et de son chapeau ce matin. « Où est mon chapeau ? Je veux mon chapeau ! »
Sa pensée divague, le plonge dans son enfance. Le maître d'école qui jongle avec les décimales et fait défiler des chiffres, des colonnes de chiffres en rang deux par deux tandis que la vie quitte son corps. Là-haut sur la colline, sa mère le regarde et lui fait un signe comme pour lui dire de partir.
Où doit-il aller ?
Il entrevoit le champs où son père pousse la charrue tirée par deux bœufs, sa maison proche du château, le bas du village avec la fontaine entourée de femmes qui viennent y tirer l'eau, le ravi qui sourit mais on ne sait pas à qui, le curé qui traverse la place à grandes enjambées dans sa soutane la calotte sur la tête.
« Pourquoi tous ces cris et ces gens qui pleurent ? », se demande t-il. Il y a peu de temps, il lisait les gros titres de son journal.
Voilà le portail de sa maison, l'escalier qui mène dans sa chambre, la terrasse baignée de soleil où sa mère étend le linge qui sèche au vent.
- Mettez-le sur le brancard ! Doucement ! Un, deux, trois, oh hisse, dans l'ambulance, le docteur va l'ausculter !, dit l'infirmier penché au-dessus de lui.

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