Tout autour de lui,
c'est la ville d'Alger, grouillante, bruyante, où les klaxons jouent
un air inconnu des mélomanes. Il a pivoté sur lui-même avant de
s'écrouler sur l'asphalte. Dans sa chute, il aperçoit les maisons
blanches, le ciel bleu, le flot de voitures, puis le bitume, et des
gens qui accourent en criant : « il est mort !
- Poussez-vous,
faites de la place, les secours vont arriver !, s'exclame un
voix d'homme.
Sa vue se trouble,
il lui semble s'enfoncer dans du coton, les sons lui parviennent de
plus en plus lointains.
C'était pourtant un
jour comme un autre. Il est sorti acheter son journal quotidien et
traversait la rue pour s'en retourner chez lui, et le voilà à
terre, du sang coule de sa tête mais il n'a pas mal. Il veut se
relever, mais c'est impossible, son corps refuse. Aucuns son ne sort
de sa bouche et pourtant, il parle aux gens qui l’entourent :
« aidez-moi à me mettre debout ! »
Sa chemise lui colle
à la peau, mais il a froid. Il était pourtant habillé de son
costume et de son chapeau ce matin. « Où est mon chapeau ?
Je veux mon chapeau ! »
Sa pensée divague,
le plonge dans son enfance. Le maître d'école qui jongle avec les
décimales et fait défiler des chiffres, des colonnes de chiffres en
rang deux par deux tandis que la vie quitte son corps. Là-haut sur
la colline, sa mère le regarde et lui fait un signe comme pour lui
dire de partir.
Où doit-il aller ?
Il entrevoit le
champs où son père pousse la charrue tirée par deux bœufs, sa
maison proche du château, le bas du village avec la fontaine
entourée de femmes qui viennent y tirer l'eau, le ravi qui sourit
mais on ne sait pas à qui, le curé qui traverse la place à grandes
enjambées dans sa soutane la calotte sur la tête.
« Pourquoi
tous ces cris et ces gens qui pleurent ? », se demande
t-il. Il y a peu de temps, il lisait les gros titres de son journal.
Voilà le portail de
sa maison, l'escalier qui mène dans sa chambre, la terrasse baignée
de soleil où sa mère étend le linge qui sèche au vent.
- Mettez-le sur le
brancard ! Doucement ! Un, deux, trois, oh hisse, dans
l'ambulance, le docteur va l'ausculter !, dit l'infirmier penché
au-dessus de lui.
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